Le salon de l’automobile de Frankfort vient de se terminer et la voiture électrique a été la vedette. Quasiment tous les constructeurs ont exposé des modèles électriques avec la palme d’or à Renault qui s’engage à produire en grande série d’ici 2011 4 véhicules électriques à un prix abordable. Pour Carlos Gohsn, Pdg de Renault la voiture électrique représentera 10% des ventes dans le monde d’ici 10 ans.

Pourtant le groupe PSA et surtout le premier groupe européen Volkswagen restent plutôt prudents sur la réalité du marché de la voiture électrique. Martin Winterkorn président de groupe Volkswagen déclare même « la voiture électrique ne se jouera pas au sprint, mais au marathon. Promettre que cette technologie du futur est prête pour la production de masse est un mensonge ». Sévère ! Alors qui a raison ?

La voiture électrique : déjà une vieille histoire

La voiture électrique n’est en rien quelque chose de nouveau. La première électrique exposée l’a été en 1881 à l’occasion de l’Exposition internationale d’Électricité de Paris. En 1899 la voiture électrique surnommée « la jamais contente » devient la première voiture à franchir les 100km/h.

Technique simple mais problèmes techniques

La technique de la voiture électrique n’a rien de plus simple, notamment les moteurs. Le seul problème est que l’on ne sait pas encore bien stocker l’électricité de façon suffisamment durable. Le problème technique tourne donc autour de la capacité de la batterie. Actuellement les capacités des batteries dans les véhicules électriques n’autorisent qu’une autonomie de 80 km au mieux, même si les constructeurs exagèrent un peu en annonçant 150 km.

Pourtant les batteries à l’ion/ lithium fait beaucoup de progrès. L’électra, voiture française (cocorico !!) a une autonomie de 400 km pour une puissance de 350 chevaux et des accélérations à faire pâlir n’importe quelle Ferrari. N’est-ce pas une percée significative qui annonce une généralisation de la voiture électrique ? Carlos Gohsn aurait raison et les constructeurs qui n’y croient pas prendraient-il du retard ?

La bagarre pour la matière première : le lithium

On a souvent entendu que le lithium (sous forme d’impureté contenue dans le sel) serait une ressource rare. Apparemment pas du tout. Il y aurait de quoi alimenter une bonne partie toutes les voitures électriques de la planète avec des réserves surtout avec la découverte d’un énorme gisement en Bolivie qui représente à lui seul environ 40% des réserves mondiales.

Aujourd’hui les principaux producteurs(1) sont le Chili, (39,3 % de la production mondiale), la Chine (13,3 %) et l’Argentine (9,8 %). Comme les gisements sont concentrés cela laissera de belles bagarres politico-économiques en perspective.

L’aspect encourageant est que le lithium se recycle à 98% donc pas vraiment de pénurie à prévoir dû à sa consommation.

La voiture électrique : émettrice de CO2 ?

Malgré ce que l’on peut croire, le bilan écologique de la voiture électrique est pas franchement avantageux sauf en France. Pourquoi ? Car l’électricité il faut la produire. Outre le parque de centrales nucléaires en France qui n’émettent pas de CO2, les autres sources de production d’électricité, notamment avec du charbon ou du gaz, font qu’au final la voiture électrique indirectement émet du CO2.

Selon les sources et les calculs de l’ADEME une voiture électrique qui se ravitaille en France émettrait 20g de CO2 par km, 105g pour un ravitaillement en Europe (hors France) et enfin 200g en Chine. Quant ont sait qu’en 2013 les constructeurs s’engagent à construire des véhicules neufs émettant 95g de CO2 par km (120g en moyenne aujourd’hui) on voit que le bilan énergétique de la voiture électrique n’est pas si positif (sauf en France).

Bilan économique à revoir

. Il y a bien sûr le coût de la voiture, de la batterie. La « blue car » de Bolloré est disponible en location. La Mitsubischi I-Mev est vendu à partir de 32.000 euros environ. Mais ce que l’on sait moins c’est le coût d’installation des nombreuses bornes de reste pharaonique (10.000 euros environ l’unité selon l’ADEME). On ne recharge pas une voiture électrique comme on recharge un téléphone portable. Enfin il y a la nécessité de doubler voire de tripler les centrales électriques. Les possibilités de production d’électricité avec les énergies renouvelables y seront très insuffisantes.

Coup marketing et mise en place progressive

L’histoire a montré qu’une nouvelle technologie, surtout de cette ampleur, à besoin de temps pour devenir accessible à la masse de la population. La voiture électrique se généralisera et trouvera son avenir lorsque tous les problèmes techniques et surtout économiques trouveront solutions. Compte tenu des contraintes, la voie la plus viable économiquement semble être la voiture hybride. Toyota a quand même vendu 2 millions d’unités. Aujourd’hui le marché se situe bien là. Volkswagen et PSA notamment font ce pari.